Peau

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C’est uniquement en tant que fille issue de ma classe sociale et de mon milieu familial que j’ai pu déterminer ce qui est pour moi une politique qui signifie quelque chose, retrouver un sens à ma grande action militante, centrée sur l’importance si grande de la révélation de soi pour les lesbiennes. Il n’y a aucune analyse du féminisme qui rend compte de la complexité avec laquelle notre sexualité et le cœur de notre identité sont façonnés, ou encore de notre façon de nous voir nous-même comme faisant partie à la fois de la famille de naissance et de la famille d’amies et de petite copines que nous créons invariablement de l’intérieur de la communauté lesbienne. Pour moi, la raison essentielle en a été le besoin de résister à cette peur omniprésente, ce besoin de se cacher et de disparaître, de maquiller ma vie, mes désirs, et la vérité sur le fait que nous comprenons si peu de choses – même lorsque nous essayons de transformer le monde en un lieu plus juste et plus humain. Par-dessus tout, j’ai essayé de comprendre la politique du eux, pourquoi l’être humain craint et stigmatise celui qui est autre. Classe, sexualité, race, sexe – et toutes les autres catégories dans lesquelles nous nous classons et rejetons les uns et les autres – ont besoin d’être combattus de l’intérieur.

L’horreur de la hiérarchisation en classes, du racisme, et des préjugés, c’est que les personnes commencent à croire que la sécurité de leur famille et de leur communauté dépend de l’oppression des autres, que, pour quelque-uns puissent vivre bien, il doit y avoir d’autres dont la vies seront tronquées et violentées. C’est une conviction qui prédomine dans notre culture. C’est ce qui rend les Blancs pauvres du Sud si racistes et les classes moyennes si méprisantes à l’égard des pauvres. C’est un mythe qui permet à certains de croire qu’ils construisent leur vie sur les ruines de celle des autres : le noyau secret de la honte des classes moyennes, un aiguillon pour la classe ouvrière marginale, quelque chose qui parle suffisamment aux sans-abris et aux pauvres pour qu’ils ne ressentent aucune gêne face leur propre violence et à leur propre haine. La puissance de ce mythe apparaît d’autant plus lorsqu’on examine combien il y a encore, à l’intérieur des communautés lesbiennes et féministes, où nous avons porté une attention particulière aux politiques de marginalisation, de peur, d’exclusion, et de personnes qui se sentent pas en sécurité.

J’ai grandi dans la pauvreté, la haine, victime de violences physiques, psychologiques, et sexuelles et je sais que souffrir de rend pas noble. Cela détruit. Afin de résister à la destruction, à la haine de soi, ou le désespoir à vie, nous devons nous débarrasser de la condition de méprisé, de la peur de devenir le eux dont ils parlent avec tant de mépris, refuser les mythes mensongers et les morales faciles, nous voir nous même comme des êtres humains, avec des défauts, et extraordinaires. Nous tou-te-s– extraordinaires.

Peau, Allison dorothy, 1994 (extrait traduit, certains mots genrés ne sont pas féminisés dont le eux, une question de classe – pages 53,54)